Tuesday, February 12, 2008

Beirut Retrouvailles: Testo à Gemmayze (3)

Sur son catwalk personne ne la remarque. Trois pas plus tard, à trois mètres du Kool, trois cool mecs sont là posés. Ça y est, son cœur palpite. Son sang se ranime et lui rosit les pommettes. Elle s'arrête. D'un air exaspéré, elle regarde sa montre puis le bout de la rue. Attend-elle quelqu'un? Probablement pas. Les mecs available se font tellement rares à Beyrouth qu'ils se font arracher comme des truffes. (Aie!)

Il parait qu'il y a 71 femmes célibataires pour chaque homme célibataire au liban. Lu dans un magazine américain, c'est nécessairement vrai. La lutte civile intra-féminale s'annonce donc de plus en plus féroce, impitoyable. Cependant la saison Décembre 2007 promet d'être fructueuse. Avec un demi-million de libanais expatriés de passage pour les fêtes, c'est l'occasion idéale de s'acquérir un fiancé excité, émigré friqué, éduqué pas trop laid, qui la prendra sur sa magnifique créature ailée blanche loin de la laideur et des trop complexes complexes de la micro-société libanaise.

Dedans, les mecs la repèrent, interrompent leurs tirades politico-stériles. Derrière la vitre, la brise emporte ses cheveux blonds en lui caressant très doucement le front. Assurément décontractée, elle sort une Gauloises et la pose sur ses lèvres timides. Le visage baissé, elle porte la main à son sac à la recherche d'un briquet.

Du feu ya 7elwé?


--Fin


Lequel des mex parus dans cette histoire rentrera chez lui avec la blonde sortie d'une pub pour parfum?
1- Jix, Prix Nobel 14 Mars
2- Nix, Rebelle vodka-orange
3- Jadix, Anti-barbe hands-free
4- Ayréfix, Passif passant dépassé par toute cette histoire
5- La magnifix créature ailée blanche

Participez et gagnez un voyage pour deux au rassemblement du 14 Février 2008 sur la place Rafiq Hariri, tous frais inclus! Pour gagner cette excursion de rêve, il vous suffit d'être partisan du Courant Haririste et d'encaisser 50$ ou alors de répondre correctement à la question précédente, et au plus vite! Répondez maintenant!

Labels: , , ,

Monday, January 28, 2008

Beirut retrouvailles: Testo à Gemmayze (2)

Le premier s'habille Diesel, Ray-Ban, muscu et se rase tellement près qu'il porte toujours plusieurs cicatrices de rasoir sur le cou. Parce que Jad est un prénom commun, on l'appelle Jadix. Ça fait cool. Son père ayant mystérieusement fait fortune durant la guerre civile, Jadix conduit habite une XZ 55 qu'il confie au valet-parking en chuchotant un billet de 20$. Sa fiche politique est résolument déterministe:

Prénom: Jad (Jadix)
Partisanship: Forces Libanaises
Source de news préférée: Le bouche à oreille
TV: Aucune
Journal: Aucun
Site web: ouwet.com
Prédisposition à écouter: Inexistente
Prédisposition à la violence: Allarmante
Ennemi juré: Les barbes

L'objectif de ses vacances au liban est ambitieux. Booster la détermination de ses copains et co-partisans à servir la cause. Hands-free.

A côté, Nix (pour Nicolas) allume une Gitane Super Légère et commande une bouteille de Stoli. Ayant été l'un des premiers à découvrir la rue Gemmayze (si si c'était en 1497), Nix se sent chez lui. En tout cas chez ses parents ça ne sent pas tellement meilleur, encore moins dans sa Peugeot 209. Depuis toujours, Nix a été un aouniste assidu, christianiste mordu, rebellé perdu. Pour lui le liban est un État chrétien et les chrétiens libanais cibles de toutes les conspirations.

Prénom: Nicolas (Nix)
Partisanship: CPL
Source de news préférée: Le web
TV: Otv
Journal: Aucun
Site web: tayyar.org
Prédisposition à écouter: Moyenne
Prédisposition à la violence: Inexistente
Ennemi juré: La tutelle

Pour ses vacances il ne prévoit pas beaucoup d'activités politiques. Le plus dur sera d'ignorer les vannes de ses copains FL ou encore pire, les néo-neutres.

Jix, le dernier, porte une barbiche à la Collin Farell et compense sa petite taille par une coiffure à la Gemayel et des gesticulations constellaires (cf le chevalier de Pégase). On l'appelle Jix mais personne n'est vraiment sûr de connaitre son vrai prénom. Jix se dit non-partisan, mais avoue être "proche du 14 mars". Si on voulait lui dresser une fiche politique, ça ressemblerait à ça:

Prénom: Inconnu (Jix)
Partisanship: Aucun (proche du 14 mars)
Source de news préférée: Le web
TV: LBC
Journal: L'Orient-LeJour
Site web: naharnet.com
Prédisposition à écouter: Moyenne
Prédisposition à la violence: Moyenne, par l'intermédiaire de forces armées légales
Ennemi juré: Laxdumal

L'objectif numéro un de Jix est de se démarquer de ses semblables en débitant achievements bidons et prix Nobel, pour s'assurer qu'il est toujours à la tête du peloton et à la pointe de l'égocentrisme. Pour lui, l'aboutissement de toute démarche citoyenne devrait être l'installation d'un métro sous-terrain à Beyrouth et la désignation du centre-ville comme Most wanted city pour les touristes occidentaux. Il avoue que ça ne va pas être facile mais que tôt ou tard la chance tournera.

Retour sur la vitrine du Kool. Comme des poissons dans un aquarium, on gesticule. On se vide bien la gueule. On expire. On halète. On débite. Pas très fort quand-même, la baffe peut venir sans prévenir. On se côtoie. On se frôle. On s'évite. J'ai l'impression que si on ouvrait la porte vers l'extérieur, les gens se déverseraient sur le trottoir, par répulsion les uns pour les autres.

A quelques mètres du Kool (on n'est pour autant pas moins cool), elle se dandine en se caressant les cheveux. Lisses, blonds, pas trop longs, pas trop courts, on se demande si les pubs copient les belles femmes ou les femmes les belles pubs.

--A suivre.

Labels: , , , , , , ,

Tuesday, January 15, 2008

Beirut retrouvailles: Testo à Gemmayze (1)

Gemmayze, 22h20. Du ciel on peut voir une longue file de bagnoles et un calme religieux. Plus bas, l'air est froid et bruyant, les voitures chaudes, immobiles. Les trottoirs font un mètre de large et les centaines de personnes agglomérées peinent à ne pas perdre pied. Les restaurants et bars sont pleins à craquer. Plus tard dans la soirée quelques uns craqueront. Les valets-parking s'activent, jubilent à la prise d'une Cayenne ou autre bijou automobile. Les corps et les carrosseries affluent des ruelles perpendiculaires comme des ruisseaux qui déversent leurs déchets dans la rivière. La rivière stagne, les parfums se mêlent. Dolce, Diesel, high-octane, Stoli, Almaza. L'amalgame est nauséabond.

Les goûts diffèrent et l'intention est la même. Se bourrer la gueule.

Cadrage sur un des bar-vitrine. Ça affiche cool. Le nom cool, ça fait que l'endroit sonne hyper cool. A côté, les Kayan Myu Flirtini Gem's Geimz Jimz confirment la liaison coolness: nom cool implique jackpot. Retour au bar en question qu'on appellera Le KooL. Le vitrage donnant sur la rue laisse transparaitre l'ambiance. Celle-ci est festive mais tamisée, bruyante mais intime, cool mais tabou, libre mais hypocrite. A l'intérieur, la déco allie la pierre taillée au béton brut, le fer forgé au chrome mat, tradition et modernité. Déjà vu.

Au premier plan, une table minuscule regroupe trois vingtagénaires qui se retrouvent après quelques mois de distance. Tous les trois affichent le profil type du libanais moderne: Parcours universitaire à Beyrouth puis Hautes études en europe ou aux states, amitiés-diaspora, famille dysfonctionnelle, ainsi qu'un retour régulier au liban pour voir la famille (puisqu'on lui paye le billet d'avion) mais surtout pour voir tout le monde et accomplir certains objectifs sociaux plutôt pressants.

--A suivre

Labels: , , , , ,

Tuesday, November 13, 2007

Foto, courses hippiques


Circo Massimo, Roma, Nov.2007

Labels: , , ,

Sunday, July 15, 2007

Le Caire, ça peut être sympa




Cairo, Juillet(Yolio).2007

Labels: , ,

Monday, May 14, 2007

Indices de vieillissement

Cher lecteur, tu te demandes certainement comment c'est que tu pourrais savoir si tu vieillis ou pas? Voici quelques pistes de réponse:

Le haut de ton pantalon se rapproche un peu plus, chaque année, de ton nombril; tes parents t'accompagnent à la porte quand tu les visites; tu as appris quelques excuses classiques et tu les utilises; "merci beaucoup, mais j'attends un coup de fil", dis-tu au voisin; tes voisins d'enfance ne te reconnaissent plus; tu pratiques toujours la langue française, et tu n'es ni du Lycée français, ni une femme; si tu es une femme et tu es passée par le Lycée français, tu pratiques toujours ton Français mais la drogue ne te dis plus rien; tu n'arrives plus à dépasser les sept heures de sommeil, mais tu patches ton manque par une sieste; les week-ends c'est des trous noirs, tu n'arrives plus vraiment à les définir; le peu de cheveux qui te reste ne te protège plus des coups de soleil; célibataire n'est plus un nom commun mais une exception; tu ne te souviens plus de la première fois où tu es sorti en boîte, encore moins de la première fois où tu étais vert de bonheur ou jaune de malaise; pour toi, la rue Monnot n'est pas vraiment dépassée, juste stabilisée; ce que tu croyais être de la politique n'est en fait, tu le réalises, qu'une mauvaise série de téléréalité; la téléréalité c'est de la merde, mais c'est aussi la globalisation des moeurs et la banalisation des interdits, et tu n'arrives pas à trancher; certains de tes collègues ne te respectent que pour ton âge; tu rentres chez toi le soir de plein gré; tu entends des voix quand tu tires la chasse d'eau; tu t'endors du même côté du lit chaque soir; et le lendemain, tu portes ton pantalon un peu plus haut que la veille.

Labels:

Thursday, March 22, 2007

Question de flux

Il y a deux manières de décrire les causes de l'amitié de circonstance. Je ne parle pas des amitiés désintéressées basées sur la complicité intellectuelle ou spirituelle, mais ces amitiés que vous semblez nouer, a priori, rien que pour en avoir, et qui restent nécessaires à la survie de cette espèce sociale que vous êtes.

Tout d'abord, il est que la relation d'amitié émerge souvent d'inégalités où, selon le principe des vases communiquants (mmh, pas vraiment), les sujets s'y engagent pour raccoler leurs propres manques et ceux des autres. Dans le cas spécifique (mais non spécial) d'une société superficielle comme la nôtre, cette inégalité entre deux sujets est généralement liée à l'information et la peste. Suivez.

For the sake of caricature, examinons l'hypothèse d'une amitié entre les lettres "M" et "Z"* (comme Mazen et Ziad, prénoms uni-confessionnels fétiches des médiocres télé-séries libanaises // au féminin on dira Maryam et Zeina). Les "autres" (l'environnement social, familial ou voisinal) seront représentés par les lettres "LA PESTE".

Situation 1: M < Z.
Aussi bien symbolisée par Z > M, cette situation se résume comme suit: M se régale de rumeurs croustillantes et autres potins délicieux concernant LA PESTE grâce à Zei-"les murs ont de oreilles"-na. Pour rester au courant de tout ce qui passe et s'immuniser contre les mauvaises langues et les noires intentions (LA PESTE quoi), il faut bien être au courant de l'actualité sociale avant qu'elle n'arrive. Patati après patata, à raison de quelques heures par semaine de mise à jour, LA PESTE n'a qu'à bien se tenir parce que, grâce à Z, Maryam sait tout sur tout le monde. Pour M, cette relation est nécessaire voire existentielle.

Situation 2: M > Z.
Ici, le flux d'information est inversé (Z < M). Mazen déballe toutes ses merdes et tous ses sales secrets à l'écouteur Z. Quand même ce transfert cathartique de data n'a lieu qu'occasionnellement ou même rarement, la valeur de l'information (projetée sur le référentiel de LA PESTE) impose cependant une approche prudente de la part de M qui doit en garantir le secret. Bref, M fait mieux de maintenir Z-"he knows too much" en ami plutôt que de l'avoir comme ennemi et faire face à un déballage de langue vindicatif. Encore, existentiel.

En deux mots; en plein dans l'ère de l'information, le manque et le surplus peuvent s'avérer décisifs quant à la création et/ou le maintien de vos amitiés. La clé: contrôlez vos flux.


--
* Les lecteurs préalablement lavés par la bêtise de L'Orient-LeJour y verront les initiales du propagandiste (sinon analphabète) Ziad Makhoul, une sorte de mokho fadé habillé en journaliste qui n'écrit pas plus loin que la Syrie. Chers amis, ceci n'est que pure coïncidence.

Labels: , ,

Tuesday, March 06, 2007

Vive l'oppression

Il faut savoir que beaucoup de Libanais(es) ne se sont mis(es) à s'intéresser à la "politique" qu'en Mars 2005. Rafiq Hariri, l'ami séoudien des "occidentaux", trait d'union de la double tutelle séoudienne-syrienne sur le Liban avait été tué parce que devenu inutile, et les médias du monde entier se régalaient de manifs et de drapeaux décolletés tricolores libanais. Une grande partie de ces néo-illuminés sont des femmes, et ces Libanaises-là, contrairement à ce qui est voulu dans les reportages de la machine médiatique globale, ne s'étaient jamais entraîné le neurone quant à la politique, sauf si l'on veut considérer les rares occasions où elles écoutaient leurs pères et leurs maris se plaindre de tel politicien corrompu ou telle condition de vie, justement invivable. Permettez-moi de caricaturer, pour le plaisir de l'imagination, une conversation entre deux petites bourgeoises chrétiennes qui se retrouvent un mardi matin (lundi 'y a le ménage) autour d'un café turc gentiment préparé par "la fille" (la domestique de maison).

Mais tout d'abord, il s'agit de vous présenter les personnages et les circonstances de leur rencontre, dans ce qui aurait pu être un article de l'AFP repris dans l'Orient-LeJour.

La première femme, Jeanette, que l'on surnomme Jeannouta (elle trouve ça drôle puisque c'est vulgus et ça ne lui va pas), n'a jamais été très intelligente. Mais son fils lui, yokborné, il est premier de classe à l'AUB. Son mari travaille toute la journée, ce qui lui laisse amplement le temps de siroter un café par jour chez chacune de la douzaine de voisines qui habitent l'immeuble. Elle n'a jamais trop bien compris ce qu'il travaillait, son mari, mais elle ne trouve pas ça nécessaire, n'est-ce pas, tant que ça paye "la fille", les voitures et l'éducation du petit Einstein.

A côté (de la plaque), je vous présente Aurore. Malgré un prénom poétique qui ferait mourir de jalousie les chanteuses de variétés françaises, Aurore, elle, n'a ni le sens de la poésie, ni de quoi être enviée. Mais ceci, elle ne le sait pas. Déjà qu'elle roule les R de son prénom quand elle se présente, et en plus, pour elle, il suffit de se teindre, que dis-je, de se décaper les cheveux et de se gonfler au botox pour ne plus s'inquiéter de son appeal. Contrairement à Jeanette, elle passe ses après-midi à la boutique (elle vend des coli-fait-chier qu'elle rapporte de Milan et fait passer pour des bijoux rares), ce qui lui laisse les avant-midi libres, de quoi se refaire une jeunesse "au club" et passer chez sa copine voir les nouveaux rideaux.

--

Jeanette et Aurore se sont rencontrées durant la manif du 14 mars 2005. C'était un lundi ensoleillé aux airs de printemps, une journée parfaite pour aérer la maison et siroter le café sur la terrasse. Mais Aurore ne pouvait pas rester chez elle. La patrie avait besoin d'elle et, surtout, les centaines de journalistes français et américains (pour elle, un journaliste étranger est nécessairement intello; elle aime) n'attendaient plus qu'elle pour commencer leurs reportages sur le souffle de démocratie qui caresse les poitrines de ces jolies libanaises libérées. Parce que, en fin de compte, il était "temps que les occidentaux réalisent que nous, les Libanais, nous sommes des gens civilisés, ouverts et modernes". Décapées, botoxées et shootés au Xanax.

Il était déjà 14 heures et Aurore n'en pouvait plus. Elle n' était pas seulement épuisée de marcher en talons pour se faire voir de tous les côtés de la manif (elle appelle ça des "longueurs", comme à la piscine du club), mais en plus, aucun journaliste n' était venu lui demander son avis sur qui sont les criminels et qui sont les gentils qui veulent vivre en paix à Eddé Sands. Elle décida finalement de laisser tomber sa mission de se faire broadcaster sur les télévisions du monde entier, et se dirigea vers la boulangerie "chez Paul" à quelques longueurs de là. Mais une fois arrivée, elle eut le malheur de réaliser que toutes les tables étaient prises. Vous devinez un peu le style, Aurore tenta de soudoyer le serveur avec deux dollars ("eh ça leur suffit, qu'est-ce que tu crois?") pour qu'il lui "débrouille" une table, avec vue sur la manif de préférence. C'est là qu'une gentille femme, un peu trapue mais bien sapée, lui offrit de s'installer à sa table, lui expliquant que dans de telles circonstances, c'était son devoir de faire preuve d'un minimum de solidarité nationale et de lui offrir une place à sa table qui était, en tout cas, trop grande pour elle et son mari seuls.

Et ce fut le début d'une amitié solide.

Deux ans plus tard. Deux heures plus tôt. Aurore a déjà fini sa tasse et demande à Jeanette si elle avait acheté les nouveaux rideaux en soldes. Question oratoire puisque, dans tous les cas, la réponse est la même, les soldes étant pour celles qui lésinent sur la qualité, la populace quoi. Ensuite, ça passe à la politique. A défaut de potins "mondanité" ('y en marre des mêmes chanteuses tout le temps) et d'emplois à temps plein, la "politique" est devenu le sujet de conversation de choix des mégères libanaises. "Tu les as vus aux nouvelles hier ? Nyaak !".

--

Jeannouta et Aurore font partie de ce genre de femmes qui, aveuglées par les apparences, se plaisent à écouter les démagogues libanais les plus riches, et parfois les plus sanguinaires (ça les excite?), et les plus en vogue dans la presse propagande occidentale et pro-séoudienne. "La barbiche ? Ca ne m'a jamais gêné." Jeanette est convaincue que si elle pouvait se balader tranquillement au centre-ville de Beyrouth (même si elle ne l'a fait qu'une seule fois en six ans), c'est bien grâce à la générosité de feu Hariri, son altruisme et son amour pour le Liban. Aurore ne la contredit pas. D'ailleurs "les chiites sont jaloux et veulent ruiner le centre-ville". "Qu'est-ce qu'ils viennent faire avec leur arguilés et leur mobylettes ? Ils veulent combattre Israël d'ici ?"

Jeanette est d'accord. Le centre-ville, dont l'architecture a été conçue par Siniora même (un vrai homme d'état, a-t-elle lu dans l'Orient-LeJour), n'est pas fait pour les chiites. Ils sont pauvres et pas civilisés. "Comment veux-tu qu'on vive avec eux ?"

Aurore fait son possible pour garder son calme. Mais quand elle pense que d'ici quelques années, les chiites seront largement majoritaires et l'obligeront à porter le voile, elle éclate. "Je préfère mourir que porter le voile." Avant 2005, elle n'avait jamais remarqué de différence antre chiites, sunnites et druzes. Pour elle, c'était les musulmans. Mais maintenant, d'après ce qu'elle voit sur la LBC, les sunnites ont l'air d'être bien plus sympa. Déjà que les Séoudiens font tout leur possible pour le bien-être des Libanais ("Ils nous aiment, ils aiment venir chez nous en été"), et les Syriens, méchants c'est écrit dans leur gênes, ne veulent que notre perte. Soughiya badda tekhghoub el balad se dit-elle ("La Syrie veut détruire le pays"). L'Irak? C'est la faute aux Irakiens. Les Israéliens et les Palestiniens, eux, ont fait leur chemin hors du discours politique des Libanais(es) moyen(nes). Qui veut discuter de nouveaux vieux problèmes?

Etant toutes les deux partisanes de la vision manichéenne de la doctrine Bush post-Nayn-Ilèveun, et tout comme dans les films de Hollywood (qu'elles considèrent comme véhicule essentiel de culture et de "civilisation"), le monde de la géopolitique c'est des gentils et des méchants. "Bien sûr, les Américains ne nous soutiennent pas pour nos beaux yeux. Haha, chou ils n'ont que ça à faire ? Ils veulent répandre la démocratie et la liberté. Et ça se trouve qu'ils commencent par nous."

Jeanette et Aurore sont convaincues que Chirac, parce qu'il est Français et éloquent, est un grand homme. Affaire Clearstream ? Jamais lu. Amitiés avec dictateurs Irakiens et Séoudiens ? Que nenni. Si c'est pas à la télé, c'est que c'est pas vrai. Amour platonique avec les Hariri ? Et alors, c'est bien pour le Liban ! Après tout, reprend Jeanette, "nos ancêtres les phéniciens ont inventé l'alphabet et l'ont exporté au monde entier, et les Marseillais ont appris à faire du savon grâce aux croisés qui, eux, l'ont appris des Libanais". Ils nous doivent bien toute cette attention, les Français !

La conversation se réchauffe quand Aurore lui demande si le mari de MaRie, la voisine, "est toujours Aouniste". "Ma3'oul ? A quoi il pense ? Il n'aime pas la vie ?" Les voisins sont toujours difficiles à comprendre. Jeannoute chuchote, "Il paraît qu'il était communiste". "Yiiiii, moi les athés me font peur !" Et, sous-estimant la simplicité de son interlocutrice, elle continue: "Comment peut-on vivre en bon citoyen si on ne craint pas Dieu ?" Le silence s'impose.

Mesdames et Messieurs, ceci fut un épisode de la vie de Jeanette et Aurore. Un échantillon représentatif d'une large portion de la matière (très) grise libanaise qui se porte garante de mener à bout la "révolution" commencée en Mars 2005.. A bas la révolution. Vive l'oppression !


--
Hariri: Famille libano-séoudienne pratiquement au pouvoir au Liban depuis 1992, et partiellement responsable de 45 milliards de dollars de dettes. Détient une grande part des richesses du Liban, le centre-ville reconstruit de Beyrouth inclus. Rafiq fut assassiné en février 2005 pour laisser place à son fils à la barbiche.
L'Orient-LeJour: Quotidien élitiste miroir de la (très extrême) droite chrétienne. Des gens stériles qui croient que eux seuls détiennent la vérité et le droit à (aimer) la vie.
AUB: American University of Beirut. Où tous les fils de toutes les mères sont premiers de classe.
Eddé Sands: Plage de sable hip où, les dimanches, il faut avoir une belle bagnole pour être "admis".
Siniora: Premier ministre actuel au rictus buccal diagonal. Trésorier de la dynastie Hariri.
LBC: Lebanese Broadcasting Corp. Filière libano-chrétienne des média tv Séoudiens; porte-parole de l'extrême-droite chrétienne (l'ex-milice des "forces libanaises").
Général Aoun: Chef d'un parti laïque qui, face aux campagnes féroces chargées de le discréditer, peine à rester majoritaire chez les chrétiens. Aouniste: Supporter (généralement [sic] aveugle) de Aoun.

Disclaimer. Le choix de femmes pour la caricature n'a pas d'intentions macho ou sexiste; les hommes sont encore plus manipulés et plus réactionnaires que leurs femmes.

Labels: , , , ,

Tuesday, January 30, 2007

Siniora et les trois chanteuses siliconées

Dans un hôtel chic du downtown de Beyrouth, et probablement en marge d'une conférence superflue de soutien à la démocratie et l'économie libanaises, Siniora rencontra trois jeunes chanteuses siliconées: une sunnite, une chrétienne et une chiite.

S'asseyant au bar, il s'assura de bien diriger son rictus buccal diagonal vers la chanteuse siliconée sunnite et lui dit : « Je suis Fouad Siniora, chef du gouvernement. Combien prends-tu pour une nuit de passion avec moi ? »

La chanteuse siliconée sunnite, qui remarqua l'écusson bleu ciel qu'il arborait sur sa poitrine, lui répondit : « Pour vous seulement 75,000 dollars et la 7aqiqa, toute la 7aqiqa. »

Se tournant vers la chanteuse siliconée chrétienne, il obliqua : « - Et toi combien ? »

La chanteuse siliconée chrétienne lui répondit, en dialecte égyptien et tout en faisant le signe de la croix: « Pour vous seulement 45,000 dollars et deux visas dakhil ejrék. »

Puis vînt le tour de la chanteuse siliconée chiite (de loin la plus hot) qui lui répondit en gesticulant :
« Si vous pouvez, monsieur le premier ministre, lever ma jupe aussi haut que vous comptez lever les taxes, baisser ma culotte aussi bas que le salaire minimum, sortir votre sexe et le rendre aussi dur qu'est notre vie actuelle et le maintenir aussi fort que sont les prix, puis me le fourrer de façon aussi douce, délicate et profonde que vous le faites en baisant les Libanais que nous sommes, alors pour vous, Mr Siniora, ce sera gratuit ! »


PS. Inutile de vous dire que monsieur le premier ministre, un homme (me dit-on) très près de nos sous, fit royalement fi des remarques mentionnées et n'hésita pas une seconde à choisir la chanteuse siliconée chiite, malheureuse gagnante d’une nuit de passion gratuite.. un peu comme vous et moi, quoi.

Labels: ,